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Mar 22

Et si l’élève décidait de sa note ?

On parle d’auto-évaluation de plus en plus. Alors, certes, c’est à la mode, mais je pense que, au-delà de ça, savoir s’évaluer, c’est indispensable dans une vie professionnelle. En tant que prof, on évalue son travail en permanence, et on le fait tout seul (imaginez si on devait envoyer nos séquences à notre IPR, en mode “c’est bien ça ?”). Et je pense que c’est la même chose dans la (grande) majorité des métiers d’aujourd’hui.

Alors, on a envie d’apprendre à nos élèves à s’auto-évaluer. Dans mon enseignement, j’y travaille notamment en demandant au élèves de se fixer une note de trimestre. Concrètement, tout au long du trimestre, je valide des compétences (en évaluation par feedback), grâce à ça, les élèves font grandir des immeubles comme ci-dessous. 11069675_1579305322356712_245527163_o

Bon, des immeubles, ça ne fait pas une note. Et si se trouve qu’en 1ereS, pas le choix, sur le bulletin, il faut une note (et une seule en plus !). Il faut donc transformer ces immeubles en note. Et c’est là que l’auto-évaluation intervient. A la fin du trimestre, chaque élève fait un bilan par écrit, de ce qui a marché ou pas, de ce qu’il maîtrise, de ce qu’il aimerait plus approfondir le trimestre suivant… et il se fixe une note de trimestre (qui comptera pour la moitié de la moyenne). Il y a des critères écrits et communiqués à l’avance pour avoir la note de 20 et la note de 12 (en nombre de “briques” sur les immeubles bien sûr, mais pas uniquement). A partir de ces critères, l’élèves choisit une note parmi les notes suivantes : 3, 6, 9, 12, 15, 18 et 20. Il n’a pas le droit d’en choisir une au milieu (comme 10 ou 16 par exemple), pour des raisons docimologiques (qui pourraient faire le sujet d’un autre billet). Puis, il donne des arguments pour expliquer pourquoi il choisit cette note. Ce sont des arguments de résultats, pas des arguments de travail ou d’attitude. L’argument : “j’ai beaucoup travaillé” ou “je suis impliquée en cours” n’est pas accepté par exemple. Mais les arguments “j’ai peu validé car j’ai été beaucoup malade” ou “j’ai validé sur des exercices plutôt très difficiles” vont l’être. D’expérience, c’est un point très difficile à comprendre pour les élèves : dissocier l’attitude et le travail du résultat. Au premier trimestre, je refuse 95% des arguments. Au 2nd, ça s’améliore. Cette année par exemple, je n’ai refusé que 2 arguments sur 31 élèves.

Moi, dans mon coin, je regarde leurs immeubles et je leur fixe “ma” note. Puis, je compare. Si on est d’accord, je met la note sur le bulletin, pas de soucis. Si pas d’accord, on “discute”, je leur donne mes arguments (souvent, je leur réexplique que c’est une note de résultat, pas de travail), je leur demande de “vrais” arguments. Pour moi, c’est dans cette discussion que réside l’intérêt pédagogique du système. C’est là que l’auto-évaluation a vraiment lieu : en confrontant nos niveaux d’exigences respectifs. Si on arrive à se mettre d’accord (ce qui arrive très vite si ma note est supérieure à celle fixée par l’élève, par exemple), parfait, je met la note sur le bulletin.

Je laisse à l’élève la possibilité de ne pas être d’accord avec moi. Si le désaccord persiste, ce n’est pas moi qui vais statuer (car sinon, la discussion est biaisée dès le début). Je demande donc aux autres élèves de la classe de statuer. Je choisis 4 élèves qui se sont correctement auto-évaluation et je les nomme “experts” dans ce que j’appelle la “commission”. Ils vont écouter mes arguments et ceux des élèves concernés. Puis, ils vont décider entre les deux notes demandées (ils n’ont toujours pas le droit de mettre une note au milieu). Et c’est cette note-là qui apparaît sur le bulletin.

Concrètement, jusqu’à la semaine dernière, mes élèves se répartissaient en 1/3 d’élèves s’auto-évaluant correctement, 1/3 où la discussion menait au consensus (dans un sens ou un autre) et 1/3 (soit une dizaine d’élèves) qui passaient en commission. Et en commission, la commission statuait plus souvent en faveur de l’élève que de la mienne. J’ai beaucoup travaillé sur les critères pour se fixer une note et mon discours “ce qui compte c’est le résultat”. Et là, 2e trimestre 2015, sur 31 élèves, je suis arrivée au consensus pour 28 (dont une vingtaine avec qui ont était d’accord dès le début). 3 élèves sont donc passés en commission. Et, j’ai donné à la commission l’intégralité des immeubles et des notes de la classe en leur disant :”vous êtes garants de l’équité dans la classe”. Résultat, sur les 3 élèves, ils ont gardé “ma” note. A chaque fois avec des arguments d’équité au sein de la classe.

Alors, beaucoup de bruit pour rien ? C’est vrai ça, au final, c’est ma note qui est écrite sur le bulletin, dans 100% des cas ce trimestre. Eh bien je ne crois pas, ce qui compte, c’est l’attitude qu’ont adopté mes élèves, plus que la note. Ils ont regardé leur travail avec un regard de “prof”, ils ont compris ce que c’était des exigences, et, pour certains, se sont heurtés au groupe classe. Cette note, c’est “leur” note maintenant. Et ça veut dire qu’ils ont conscience d’avoir les cartes en main pour la changer au prochain trimestre ! Passifs les ados, vous avez dit ?

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