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Fév 26

Enseigner l’impressionnisme

Des fois, j’ai l’impression que l’enseignement des sciences (et peut-être des autres matières mais j’ai jamais essayé donc je ne me permettrais pas d’avoir un avis sur la question) c’est comme enseigner la peinture, l’impressionnisme je dirais, à des débutants.

Trop souvent, le professeur se focalise sur la technique pour dessiner une tache de peinture parfaite. Il apprend à l’élève à tenir son pinceau parfaitement, à faire une tâche de la bonne couleur, de la bonne forme, au bon endroit. En s’entraînant, la plupart des élèves arrivent à faire des taches parfaites. Et, quand ils ont fait cette tache parfaite, le prof leur dit où et comment faire la tache suivante. Et l’élève recommence, avec de nouvelles couleur et une forme différente. Le gros problème, c’est que l’élève a le nez collé sur la toile. Il est tellement appliqué sur les détails qu’il est très difficile pour lui de prendre du recul sur ce qu’il fait. Et l’autre problème bien sûr, c’est que, comme on lui a dit où faire les taches, une fois qu’il est seul, il est souvent désemparé pour dessiner tout un tableau. Certes, il sait faire de jolis taches de peinture, mais tout le monde sait qu’un tableau, c’est plus que la somme de toutes ces taches.

Si on prend le parallèle avec la science, ces taches de peinture, ce sont les savoir-faire techniques. Par exemple : retrouver l’équation du mouvement à partir de la seconde loi de Newton ou appliquer la loi des nœuds pour trouver une intensité. Il n’y a qu’à regarder un sujet de contrôle “classique” (ou même un sujet de bac). Les exercices ne sont qu’une suite de questions à réponses fermées, la plupart demandant une réponse numérique. On évalue si les élèves maîtrisent les savoir faire de base, s’ils savent faire de jolis taches de peinture. A la tout fin de l’exercice, on trouve une question (sur 0,5 points traditionnellement) pour voir si l’élève est capable de prendre du recul, de décrire le tableau qu’on vient de lui demander de peindre. Je ne jette pas la pierre à mes collègues (plutôt au système en entier, voir cet article pour plus de développement)

J’enseignerais l’impressionnisme dans l’autre sens. Je demanderais à mes élèves peintres de me décrire le tableau qu’ils auraient envie de voir, l’équilibre général, les formes, la palette de couleur. Tout ce qui se fait de loin, à la limite même, sans pinceau, juste avec un crayon de papier. Puis, une fois la trame faite, on passerait aux taches de couleur. C’est donc l’élève qui déciderait, avec mon aide, de l’endroit et de la couleur de chaque tache de peinture. Et, suivant la tache qu’il a envie de faire, il apprendrait à faire une tache de la forme/couleur voulue. Certes, au début, les tableaux de mes élèves seraient moins beaux, mais au moins, ils pourraient peindre un tableau tout seul !

Je n’enseigne pas l’impressionnisme mais les sciences (principalement parce que je dessine moins bien que mon fils de 6 ans…). Et c’est comme ça que je les enseigne : on part du problème scientifique, on le décrit avec des mots scientifiques, on le décrit avec les grandeurs physiques pertinentes, on réfléchit aux relations. Bref, j’apprends aux élèves à prendre du recul, avant de prendre le pinceaux. Une fois qu’ils ont une idée de la résolution globale, seulement alors, on passe aux savoir faire techniques de base. Ces savoir faire ne sont pas un but en soi, on les apprend au moment où on en a besoin pour résoudre notre problème scientifique. De plus, j’apprends à mes élèves à aller chercher eux-même comment apprendre les savoir faire techniques de bases. Je ne les enseigne même plus ces savoir faire techniques (j’ai fait l’expérience du lâcher-prise !), je construis “juste” les outils pour que mes élèves les apprennent par eux-même.

Bien sûr, dit comme ça sur un blog, avec une métaphore bien choisie, on se demande pourquoi tous les profs de sciences ne font pas comme cela. Mais, ce n’est pas si simple, donc, au menu du prochain billet, les avantages et problèmes de ces deux méthodes d’apprentissage.

(1 commentaire)

  1. Olivier Sauret

    Ça à l’air d’être un sacré flou artistique tes copies 🙂

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