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Juil 08

Je note, tu notes, il ne note plus, notons bien : ils notent

Benoît Hamon, notre tout nouveau ministre, nous annonce un grand chantier sur l’évaluation. Les médias comprennent qu’il veut supprimer la note.

Supprimer la note? Ou bien repenser l’évaluation?

Supprimer la note ? Mais pourquoi ? Encore une révolution ?
Comment va-t-on vivre sans note ? Et qu’est-ce qu’on met derrière ?

Pourquoi d’abord ?

Et bien le pourquoi est bien connu, analysé dans tous les sens, et tout le monde est d’accord, la note sanctionne, définitise, catégorise, classe, et donc encense… ou démotive, voire détruitCertains (comme Laurent Fillion) en parlent mieux que nous.

Hé oui ! La note  n’est pas le reflet d’un niveau, ou un thermomètre fiable, ou que sais-je encore. C’est un outil de communication.

Encore faut-il savoir par qui elle est émise, comment, donc ce qu’elle veut dire, puis par qui elle lue et enfin comprise. Et c’est souvent là que le bât blesse. Un bien bel exemple de téléphone arabe. Les critères, les biais, les implicites, sont bien méconnus des lecteurs à qui cette note est destinée. Combien de fois entend-on les parents parler d’objectivité de la note, combien de fois voit-on un élève râler pour un demi-point.

Un des problèmes est qu’un outil de communication est un outil de pouvoir. Pouvoir de celui qui parle, et qui, en l’occurrence, l’utilise inconsciemment pour montrer qu’il sait, affiner son image, bref asseoir son autorité.

Bon mais le prof bienveillant, il note objectivement, non ? Non. Rien que la phrase précédente est contradictoire. Il n’y a pas d’objectivité possible, c’est le prof qui fixe le curseur à partir de ses objectifs. Quant aux critères, ils sont tellement souvent implicites, que finalement l’élève est bien incapable de savoir pourquoi il a eu 8, 12 ou 15. Alors il comprend ce qu’il peut : une comparaison pour savoir si c’est bien, une compétition pour savoir si c’est mieux. Et si c’est moins bien, et bien je suis le nul de la classe.
Bon, évaluons par compétence alors. Toute l’Europe fait ça ! Enfin certains en sont revenus, mais quand même. Prenons le beau, le grand, le long livret de compétences du collège et du lycée. Ou contentons-nous de celui de l’école primaire. Ah, ce n’est pas moins long. Les parents ne lisent pas, les élèves ne le comprennent pas trop non plus. Bon ben la communication n’est pas spécialement améliorée : on passe d’une langue de 20 mots à une langue à 2000 idéogrammes, du singe au chinois, n’y voyez rien de raciste, c’est juste que c’est la langue la plus compliqué pour un européen néolatin.

Mais que faire ?
La note est tellement ancrée dans l’inconscient collectif que ce serait un trop gros changement de s’en débarrasser, une révolution. On ne peut pas abandonner la note, c’est notre outil de communication. Alors soyons fous, gardons-la ! Mais fournissons le mode d’emploi : le dictionnaire, et le service après-vente. Juste pour lui redonner son sens, et sa puissance, tout en lui enlevant son caractère définitif et cassant. Son sens ? Explicitons les critères, évaluons les compétences, mais pas trop de compétences, merci. Son caractère définitif ? On n’a qu’à la communiquer que quand la communication externe à l’apprentissage est importante. Oui chers parents, cher examinateurs, chers recruteurs, vous êtes hors-circuit de l’apprentissage. On vous donne la note une fois par trimestre, avec le mode d’emploi cette fois. Quel mode d’emploi ? Celui qui a permis aux élèves de la construire cette note, celui qui a permis à l’élève d’approfondir son apprentissage. Et hop tout le monde se comprend mieux, tout le monde a progressé, tout le monde est content.

L’idée est donc bien d’en finir avec la note en cours d’apprentissage pour aller vers une évaluation pour les apprentissages, comme le voudrait Benoit. Et autres. Mais comment fait-on concrètement ?

Un principe : construire sa note en la faisant évoluer jusqu’à une date limite.
Cette construction s’articule autour de deux idées : une grille de compétences, ou boîte à outils (avec pas trop d’outils s’il-vous-plaît), explicitant les critères d’évaluation, et un feedback permettant à l’élève de comprendre et corriger ses erreurs autant de fois que nécessaires. Cela nous permet d’évaluer différemment outils, connaissances et production, dans le but de faire progresser petit à petit chaque brique nécessaire à la construction de l’édifice, et pourquoi pas, n’ayons pas peur des mots, d’un chef d’œuvre !

Et ça marche.
Oui, ça marche. Il est très facile de voir où les élèves ont progressé parce que nous avons beaucoup de finesse d’observation. S’il apparait clairement que la maîtrise de certains outils indispensables a nettement progressé, il est important de noter (encore?) que ce qui nous rend le plus fier sont les progrès de ce qui n’est pas explicitement évalué : l’autonomie, la curiosité, la persévérance, la confiance en soi, ne plus avoir peur de se tromper. La triche n’a plus d’intérêt, et même elle n’existe plus vraiment, les élèves pensant tricher en fait ne trichent pas, ils collaborent entre eux. La qualité de production est incomparablement meilleure.

Pourquoi ça marche?
Et bien la note, on vous l’a déjà dit, n’est pas le reflet d’un niveau, c’est un outil de communication. Et on ne change pas de langue du jour au lendemain. On a juste fourni le dictionnaire aux élèves, le mode d’emploi, et le service après-vente.
Le mode d’emploi, c’est la boîte à outil, les compétences. Le service après-vente, c’est le feedback bien sûr.
Oui mais les compétences, une vraie usine à gaz, complexe et compliquée. Bref les profs et les élèves ne se l’approprient pas et donc ça ne marche pas. Oui d’accord, mais c’est le mode d’emploi. Alors simplifions-le : une vingtaine d’outils en 1èreS en physique, soit 6 ou 7 par trimestre, ça semble à la portée d’un ado en pleine réflexion sur la vie, l’amour.
La note, comme seul résultat de l’évaluation, était le seul outil de communication. Ici, L’évaluation reste un outil de communication, mais centrée sur la communication prof-élève, la note garde son rôle de communication institutionnelle.

Quelques compétences pour construire une note pendant un temps d’apprentissage plus long avec retour possible sur erreur, et le tour est joué, nos élèves peuvent tous rentrer en MPSi, les français s’attaquent à Pisa.

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